Tintin au P’tit Bé – Alain-Etienne Marcel en portrait

Tintin au P'tit Bé, Alain-Etienne Marcel en portrait

Si le Fort du Petit Bé n’est pas tombé en ruines et s’il nous est possible de le visiter, voire d’y passer la nuit, c’est à Alain-Etienne Marcel que nous le devons. Portrait d’un aventurier des temps modernes.

Alain-Etienne Marcel n’a pas de houppette blonde, mais il partage avec Tintin plusieurs traits de caractère, comme le goût de l’aventure, une formidable ténacité, et une totale abnégation de soi. Depuis plusieurs années, A.-E. M. s’est donné pour mission de restaurer le Fort qui se dresse sur l’îlot du Petit Bé au large de la Cité corsaire. Construit par Vauban à la demande du roi Louis XIV, le Fort du Petit Bé avait pour vocation de défendre le port de Saint-Malo, à l’époque l’un des plus importants de France. A partir du XXème siècle, le fort reste à l’abandon et subit de nombreuses dégradations. En 2000, Alain-Etienne, entouré d’une petite d’équipe d’amis fidèles, commence la restauration de l’ancien bâtiment militaire. Son principal objectif : retrouver l’état initial du fort et l’ouvrir au grand public.

Alain-Etienne Marcel appartient à cette catégorie de gens, admirables à nos yeux, qui font don de leur personne pour une cause qui leur tient à cœur. Preuve en est le contrat qui le lie à la Mairie de Saint-Malo depuis l’an 2000 : un simple bail dit « emphytéotique ». Derrière ce terme barbare se cache un type de bail très répandu en Angleterre suivant lequel le bénéficiaire se voit céder un terrain pendant un certain nombre d’années. Alain-Etienne Marcel n’est donc pas propriétaire du fort, et il ne le sera jamais, ses descendants non plus d’ailleurs. La Mairie l’autorise seulement à intervenir sur le site pendant une durée de quarante ans. Mais l’homme accepte pour pouvoir mener à bien son projet. La Mairie ne finance pas les travaux, ne fournit aucune aide logistique. Il doit puiser sur ses deniers personnels et faire appel à sa bande de copains, quelques passionnés qui comme lui ne ménagent pas leurs efforts.

Tintin au P'tit Bé, Alain-Etienne Marcel en portrait

Le Fort du Petit Bé, au large de Saint-Malo. © Saint-Malo-Rama

A partir des années 2000, le Fort s’ouvre au public. Et quand il le peut, Alain-Etienne Marcel est là pour accueillir les visiteurs en personne. A l’occasion d’une journée Portes ouvertes récente, on a pu le voir partager sa passion avec enthousiasme. Toujours disponible, il répond longuement aux questions de ses interlocuteurs, va spontanément à la rencontre des gens pour leur signaler une curiosité, leur raconter une anecdote. Et quand la mer s’approche dangereusement de l’îlot, quand il faut penser à repartir sous peine de regagner la terre ferme les pieds dans l’eau, il nous invite à ne pas nous affoler, à continuer la visite : il raccompagnera les derniers visiteurs dans son embarcation personnelle. Et le voilà qui nous entraîne dans une galerie souterraine et nous explique toute son histoire… Plus tard, en traversant le bras de mer qui sépare le Petit Bé de la plage de Bon-Secours, à bord du petit canot à moteur piloté par notre Tintin des temps modernes, on se dit qu’on gardera forcément un bon souvenir de cette visite.

En 2015, un nouveau chapitre s’ouvre dans l’histoire du bâtiment classé Monument historique. Cette année-là, Alain-Etienne Marcel décide de mettre le Fort en location sur la plateforme Airbnb. L’effet est immédiat : radios, télévisions, journaux se passionnent pour cette étrange forteresse, juchée sur un rocher au large de Saint-Malo, dans laquelle il est dorénavant possible de passer la nuit (s’il l’on accepte tout de même de débourser 600 euros en moyenne). Il faut dire que notre retraité ne sait pas faire les choses comme tout le monde : plutôt que de transformer le Fort en résidence de luxe, il prend le parti de maintenir les conditions de vie des soldats qui au XVIIIe siècle protégeaient la Cité Malouine des forces ennemies. : à défaut de lit King Size et de cuisine tout aménagée, les hôtes prêts à passer la nuit dans la bâtisse Vauban devront se contenter de dormir sur un lit de camp et de réchauffer leurs plats dans la grande cheminée en pierre… L’expérience, à mille lieux de celles généralement proposées sur Airbnb, ne manque pas d’attiser un peu plus la curiosité des médias.

L’opération Airbnb avait probablement pour but de financer les derniers travaux sur le chantier du Petit Bé. Elle a eu un autre effet : braquer les projecteurs sur le Fort et le faire sortir de l’ombre. On ne peut que s’en féliciter.

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