Le Journal de Louis Motrot - Partie 3 : Août 1944 Le Journal de Louis Motrot - Partie 3 : Août 1944

Ecrit par Stéphane Echasserieau le mardi 19 août 2014. Catégorie(s) : Récits, Le Journal de Louis Motrot, Le Mag, Histoire

Le Journal de Louis Motrot - Août 1944.
Le journal de Louis Motrot, un jeune malouin sous l'Occupation
Lorsque Louis Motrot commence son journal, le 1er juin 1944, la ville de Saint-Malo est occupée depuis près de 4 ans. Les difficultés pour s'alimenter, les bombardements, la disparition de certains proches... l'adolescent note dans son cahier tous les événements qui ponctuent son quotidien. Cette chronique de la vie sous l'Occupation couvre une période charnière : les trois mois qui précèdent la Libération de la Cité corsaire. A mesure que les Forces alliées s'avancent vers la « Forteresse » de Saint-Malo, le journal reflète l'inquiétude qui monte chez les civils et la tension qui s'accentue chez l'Occupant. Louis Motrot cessera de prendre des notes le dimanche 6 août, date à laquelle il sera, comme tous les hommes valides de Saint-Malo, interné par les Allemands au Fort National.
En 1944, Louis Motrot a 17 ans. Il habite rue de Toulouse, Saint-Malo intra-muros. Il a deux frères et deux soeurs. Son père est facteur, sa mère femme au foyer. Il pratique l'athlétisme et le basket. Il aime sortir avec ses amis, Totor Richard, et les frères Billon. Il est titulaire d'un CAP d'ajusteur. Depuis le début de cette année 1944, il travaille aux P.T.T. de Rocabey où il s'occupe de l'entretien du central téléphonique et du raccordement des abonnés. A cette époque, la Poste de Rocabey est sous le contrôle des Allemands qui y ont installé un blockhaus. Chaque fois qu'il se rend à son travail, Louis Motrot se retrouve au contact de l'Occupant. Louis Motrot en 1944
 
Bombardements du Grand Bé par l'armée américaine. © Wikipedia
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Mardi 1er août 1944
Cette nuit, nous la passons dans notre cave. Vers 9 h 30, bombardement. La maison tremble. Beaucoup de carreaux sont cassés. Sur les quais de Saint-Servan, des tonnes d'essence et de goudron sont incendiées par les bombes. D'autres bombes sont tombées dans le quartier de Marville. Il y a 4 morts et 20 blessés. Les Allemands déposent des mines dans les écluses, après le départ des bateaux de guerre qui sont partis s'ancrer en Rance et sous Dinard. Les Allemands font la distribution de tomates à partir d'un bateau ancré devant le casino. Nous en avons 7 cageots, ce sont des tomates de Jersey destinées aux soldats et aux marins, mais comme il y en a un plein bateau et qu'elles sont trop mûres, nous en profitons. Par contre, nous abîmons nos vêtements car le jus de tomate coule partout. Les Allemands semblent vouloir quitter St-Malo, car de longues files de camion et de charrettes se dirigent vers la campagne. A 22 h, nouveau bombardement sur les réservoirs d'essence.
Affiche invitant les civils à rejoindre les abris lors des bombardements.
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  Mercredi 2 août 1944
Bombardement des quais de Saint-Servan dans la soirée. Des bâtiments allemands sont touchés. La vedette ne fait plus le passage pour Dinard. Le courrier n'arrive pas. La porte de Dinan est fermée. Nous couchons à la cave avec nos voisins Viard, Vimond et François Oréal. Les habitants restant en ville sont répartis dans les abris, surtout à la Grande Porte, au Collège, à Notre-Dame, dans la rue de Toulouse et dans le bas de la rue de Dinan. Nous descendons avec nous des vêtements, de l'eau et du ravitaillement.
Affiche annonçant l'évacuation obligatoire de la Forteresse de Saint-Malo.
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  Jeudi 3 août 1944
Je rencontre Eugène Bénic. Il arrive de Saint-Pierre-de-Plesguen et me dit avoir vu des soldats américains. Pour preuve, il me montre des cigarettes. La rue Saint-Vincent est tachée par le jus de tomates (cadeau des Allemands). La vie s'installe dans les caves. Celles de l'Hôtel-Dieu se transforment en salles de soins. Les canons de Cézembre tirent sur Saint-Cast, où des civils attaquent les soldats allemands. Le maire et le sous-préfet sont en conférence avec le Colonel Von Aulock. Cette conférence se termine à 7 h 30 et le maire nous annonce que toute la population doit quitter Saint-Malo pour lundi 7 août, les Allemands ayant décidé de se défendre jusqu'au bout. Dans la soirée, Monsieur Billon vient nous rendre visite dans notre cave, où nous allons passer une nouvelle nuit.
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  Vendredi 4 août 1944
Nuit calme, sur les murs de la ville sont affichés les ordres d'évacuation. Il ne doit rester en ville que la gendarmerie, la police et les services publics. Les magasins doivent fermer. Mes parents décident de ne pas quitter la ville. Pour aller où ? Sans compter les risques que nous encourons avec les bombardements. C'est aussi laisser opérer les pilleurs qui ont déjà commencé leurs méfaits dans les maisons abandonnées. De 11 h 30 à 13 h, bombardement de Cézembre et du fort de la Cité, la maison est très fortement secouée, des verres sont cassés dans le buffet.
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  Samedi 5 août 1944
Je ne travaille pas. La Poste ferme. Les soldats allemands travaillant à la Poste sont décidés à se rendre. L'un à mon âge, 17 ans, et le plus vieux, Alfred, près de 70. Ils doivent s'enfermer dans le blockhaus derrière la Poste, et attendre l'arrivée des Américains. Beaucoup de Malouins reviennent en ville, n'ayant pas pu passer les barrages antichars de Paramé. Un avion allié lance 9 bombes sur des bateaux mouillés en Rance. L'un d'entre eux est touché. Par sécurité, nous passons la journée dans notre entrée du rez-de-chaussée. De violents tirs de canon nous font espérer que les soldats américains ne tarderont pas à arriver, de plus nous n'avons plus à manger, à part les fameuses tomates. Nous couchons à la cave, où est venu nous rejoindre un autre Malouin, le fils Lomée, qui trouve notre abri plus sûr. Dans la nuit, des combats se déroulent côté port entre l'école des Frères et le Château. Ce sont les marins allemands qui tirent sur les fantassins avec des mitrailleuses. Plusieurs maisons bordant les remparts sont abîmées. Nous apprenons par des membres de la défense passive qu'en effet, les Allemands se sont battus entre eux, car les marins ne veulent pas combattre, alors que c'est l'inverse pour les fantassins. Cézembre tire toujours avec ses puissants canons.
Brassards de la Défense passive et de la Croix rouge.
Brassards de la Défense passive et de la Croix rouge.
Brassards de la Défense passive et de la Croix rouge.
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  Dimanche 6 août 1944
Louis Motrot a dû interrompre l’écriture de son journal le 6 août 1944. En ce dimanche ensoleillé, les autorités allemandes ont en effet décidé de regrouper tous les hommes valides de Saint-Malo pour les interner au Fort National. Louis Motrot fait partie des 380 civils qui ont vécu entassés dans l’enceinte Vauban pendant plus d’une semaine. Pendant sa captivité, l’adolescent n’a pas eu la possibilité de continuer la rédaction de ses notes. En revanche, dès sa libération, il a repris son cahier d’écolier pour raconter les événements qui se sont déroulés lors de cette semaine particulièrement douloureuse. C’est ce récit que nous vous proposons de découvrir dans notre article : L’épisode des otages du Fort National raconté par Louis Motrot.
L'épisode des otages du Fort National raconté par Louis Motrot.

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