Le Journal de Louis Motrot - Partie 1 : Juin 1944 Le Journal de Louis Motrot - Partie 1 : Juin 1944

Ecrit par Stéphane Echasserieau le dimanche 01 juin 2014. Catégorie(s) : Récits, Le Journal de Louis Motrot, Le Mag, Histoire

Le Journal de Louis Motrot - Juin 1944.
Le journal de Louis Motrot, un jeune malouin sous l'Occupation
Lorsque Louis Motrot commence son journal, le 1er juin 1944, la ville de Saint-Malo est occupée depuis près de 4 ans. Les difficultés pour s'alimenter, les bombardements, la disparition de certains proches... l'adolescent note dans son cahier tous les événements qui ponctuent son quotidien. Cette chronique de la vie sous l'Occupation couvre une période charnière : les trois mois qui précèdent la Libération de la Cité corsaire. A mesure que les Forces alliées s'avancent vers la « Forteresse » de Saint-Malo, le journal reflète l'inquiétude qui monte chez les civils et la tension qui s'accentue chez l'Occupant. Louis Motrot cessera de prendre des notes le dimanche 6 août, date à laquelle il sera, comme tous les hommes valides de Saint-Malo, interné par les Allemands au Fort National.
En 1944, Louis Motrot a 17 ans. Il habite rue de Toulouse, Saint-Malo intra-muros. Il a deux frères et deux soeurs. Son père est facteur, sa mère femme au foyer. Il pratique l'athlétisme et le basket. Il aime sortir avec ses amis, Totor Richard, et les frères Billon. Il est titulaire d'un CAP d'ajusteur. Depuis le début de cette année 1944, il travaille aux P.T.T. de Rocabey où il s'occupe de l'entretien du central téléphonique et du raccordement des abonnés. A cette époque, la Poste de Rocabey est sous le contrôle des Allemands qui y ont installé un blockhaus. Chaque fois qu'il se rend à son travail, Louis Motrot se retrouve au contact de l'Occupant. Louis Motrot en 1944
 
La rue de Toulouse où résidait la famille Motrot pendant l'Occupation.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Jeudi 1er juin 2014
  Jeudi 1er juin 2014
Notre voisin, Monsieur Prado, marchand de biscuits, est tué dans le bombardement d'Orléans. Un camarade de mon frère Henri est tué dans un bombardement à Rennes. Monsieur Quere, expert comptable qui habite en dessous de chez nous, part habiter à Saint-Armel, près de Rennes.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Vendredi 2 juin 1944
  Vendredi 2 juin 1944
L'armée américaine bombarde un peu partout en Seine-et-Oise, faisant 124 morts.
Le Journal de Louis Motrot - Un jeune Malouin sous l'Occupation - Partie 1 : Juin 1944
Sur les remparts, à la porte de Dinan, existait une petite surface en herbe. Une femme venait s'y asseoir sur son pliant. Elle avait un lapin attaché en laisse. Elle le laissait se nourrir en attendant de le passer à la casserole.
Louis Motrot
Un article du journal Le Salut daté de juin 1944.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Dimanche 4 juin 1944
  Dimanche 4 juin 1944
Nous allons à Rennes en autocar aux championnats d'Ille-et-Vilaine d'athlétisme avec les Corsaires malouins. Je suis 3e au 300 m, Paranthoen 2e au 1 000 m, Duffar est 2e au 100 m, 1er au 200 m et au 400 m, Kerbanne est 3e au 1 500 m.
Louis Motrot (4e en partant de la gauche) lors des championnats d'Ille-et-Vilaine d'athlétisme.
Louis Motrot (4e en partant de la gauche) lors des championnats d'Ille-et-Vilaine d'athlétisme.
Louis Motrot (4e en partant de la gauche) lors des championnats d'Ille-et-Vilaine d'athlétisme.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Lundi 5 juin 1944
  Lundi 5 juin 1944
Nous avons deux alertes par la sirène. Une à 4 h et l'autre dans la nuit à 2 h, mais rien ne se passe.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Mardi 6 juin 1944
  Mardi 6 juin 1944
Débarquement de troupes en Normandie. Il est interdit de passer en dehors des lignes antichars. Il ne m'est pas possible de travailler à la Poste de Rocabey. Je vais donc faire de la présence à celle de l'intra. Des gendarmes allemands sont dans les rues, armés de mitraillettes, et la Poste est gardée. Saint-Malo est survolé toute la journée par des avions anglais, bizarrement, la DCA allemande du jardin de la Hollande ne tire pas.
Bombe non explosée tombée dans le cimetière de Saint-Malo, le 7 juin 1944.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Mercredi 7 juin 1944
  Mercredi 7 juin 1944
Les Allemands arrêtent le téléphone et nous interdisent de travailler. Ils nous font savoir que désormais nous sommes sous leurs ordres et sont très nerveux. Nous avons eu 8 alertes dans la journée. Les trains ne fonctionnent pas, pas de journaux, pas de courrier. Des bombes sont lancées, dont une sur le bateau-hôpital, une sur la caserne de Rocabey, plusieurs dans le cimetière. Un avion anglais est abattu. Le pilote qui a pu s'éjecter est tombé en mer et a dû se noyer. Je vais avec Totor Richard voir les dégâts. Les gares de Dol et Combourg sont mitraillées.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Jeudi 8 juin 1944
  Jeudi 8 juin 1944
Toujours pas de travail. Alerte vers 11 h avec passage d'avions. Nouvelle alerte à 14 h 30. Des bombes tombent dans la Mare aux canards, sur les quais et aux Talards. Ne pouvant travailler aux installations téléphoniques, je vais avec la charrette à bras du service des lignes chercher les lettres et les paquets arrivés de Rennes par le T.I.V. à la gare de Lorette.
La Caserne de la Concorde à Saint-Servan.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Vendredi 9 juin 1944
  Vendredi 9 juin 1944
Dans la nuit, 3 alertes. Les soldats allemands font des rafles parmi les jeunes. Parmi eux, notre voisin Maurice Billon. Ils sont emmenés dans la cour du château, puis à la Caserne de la Concorde à Saint-Servan. Il n'y a pas de courrier, Rennes ayant été terriblement bombardée.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Samedi 10 juin 1944
  Samedi 10 juin 1944
Vers 10 h : alerte. Plusieurs vagues d'avion passent à basse altitude. La D.C.A. ne peut intervenir. La sirène est démolie ?
Un article du journal Le Salut daté de juin 1944.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Dimanche 11 juin 1944
  Dimanche 11 juin 1944
La sirène fonctionne à nouveau. A 8 h : alerte bombardement vers Pleurtuit. Du grenier, on voit une épaisse fumée. A nouveau, de très nombreux avions nous survolent. On apprend que le T.I.V. parti samedi matin de Saint-Servan a été mitraillé à Saint-Pierre-de-Plesguen. Il y aurait 9 morts et 7 blessés. Il n'y a pas de courrier. Les jeunes qui avaient été raflés le 9 juin dernier, dont Maurice Billon, ont pu se sauver de la Caserne de la Concorde. Deux divisions de parachutistes sont larguées sur les zones de combats en Normandie.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Lundi 12 juin 1944
  Lundi 12 juin 1944
Combats de chars entre Bayeux et Caen. Ce sont les Allemands de la Poste de Rocabey avec qui je travaille qui me le font savoir. Nous avons 9 alertes dans la journée. Vers 21 h 30, je monte sur le toit. Je vois de la fumée et des boules rouges derrière le Cap Fréhel.
A gauche : la Poste de Rocabey où travaillait Louis Motrot.<br>A droite : le blockhaus aménagé par les Allemands existe toujours. Il a été converti en salle d'archives.
A gauche : la Poste de Rocabey où travaillait Louis Motrot.
A droite : le blockhaus aménagé par les Allemands existe toujours. Il a été converti en salle d'archives.
A gauche : la Poste de Rocabey où travaillait Louis Motrot.
A droite : le blockhaus aménagé par les Allemands existe toujours. Il a été converti en salle d'archives.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Mardi 13 juin 1944
  Mardi 13 juin 1944
A 7 h : alerte. C'était bien le Cap Fréhel qui était bombardé. Les soldats allemands ramènent par bateau à la porte de Dinan de nombreux morts et blessés. A 8 h, une vague de 13 bombardiers lâche des bombes au loin derrière Saint-Servan.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Mercredi 14 juin 1944
  Mercredi 14 juin 1944
Rennes et Fougères bombardés. De gros dégâts. Nous avons l'autorisation de circuler sur le Sillon. J'y vais avec Totor Richard et Daniel Billon. Madame Amesland qui avait été blessée lors du mitraillage du T.I.V. à Saint-Pierre-de-Plesguen est hospitalisée à l'Hôtel Dieu.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Jeudi 15 juin 1944
  Jeudi 15 juin 1944
Grosse pagaille en ville entre des parachutistes allemands qui volent des vélos et des feldgendarmes qui leur demandent de les rendre. Le courrier arrive par camion. 7 dragueurs de mine sont attaqués par des bateaux anglais au large de Saint-Malo. 3 sont coulés. 2 incendies. Le Général de Gaulle serait arrivé à Bayeux.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Vendredi 16 juin 1944
  Vendredi 16 juin 1944
En allant travailler à la Poste de Dinard, je vois en Rance un bateau 3 mâts coulé par des avions anglais.
Le transport de troupe La France, coulé par bombardement le 17 juin 1944.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Samedi 17 juin 1944
  Samedi 17 juin 1944
Bombardement du Port, le transport de troupes La France a reçu une bombe à l'arrivée. Je vais le voir. Il s'enfonce doucement dans la mer. Il y a le feu sur les quais à charbon. Des bombes tombent devant la Cité. Daniel Billon doit partir demain pour se réfugier à Saint-Domineuc.
La plage des Fours à chaux, à Saint-Servan.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Dimanche 18 juin 1944
  Dimanche 18 juin 1944
Vers 6 h 30, alerte, survol d'avions mais pas de bombardements. Comme il fait beau, je vais avec Maurice Billon et Louis Morgère, à la plage des Fours à chaux, car les plages de Saint-Malo sont interdites. Là, nous y retrouvons Totor Richard et sa famille. De là, nous partons par les rochers, voir Raymond Masson, sa mère et la famille Decroi, dans le bois du Coudray, où ils ont construit une cabane ; il y a 4 alertes dans l'après-midi, mais les avions passent très haut.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l'Occupation - Lundi 19 juin 1944
  Lundi 19 juin 1944
Nous apprenons que les Américains sont à 10 km de Saint-Lô et que par les bombardements la voie ferrée de Rennes est coupée ; nous recevons cependant du courrier de Paris. Les soldats allemands apportent des munitions pour les canons situés sur le jardin de la Hollande, et au Bastion Saint-Philippe.
Le Journal de Louis Motrot - Un jeune Malouin sous l'Occupation - Partie 1 : Juin 1944
Une publicité pour une gazinère
dans le journal Le Salut (juin 1944).
Nous avions à mi-étage un petit cabanon servant à remiser le charbon. Comme celui-ci se faisait rare, nous mettions dans une lessiveuse du papier journal à tremper que nous mélangions ensuite avec de la poussière de charbon pour en faire des boulettes que nous faisions sécher dans notre chéneau pour l'utiliser dans notre cuisinière.
Louis Motrot
Le Journal de Louis Motrot - Un jeune Malouin sous l'Occupation - Partie 1 : Juin 1944
Une voiture de tramway photographiée après la Libération.
Un soldat allemand qui voulait prendre le tramway en marche près du casino a eu une jambe sectionnée. Je l'ai vu perdre son sang. Il est décédé le lendemain.
Louis Motrot
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Jeudi 22 juin 1944
Alerte toute la journée, le courrier arrive cependant. A bord de camions camouflés avec des branchages, les Allemands transportent toujours des munitions ; vers 22 h, bombardement, on ne peut situer où.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Vendredi 23 juin 1944
A nouveau, alerte toute la journée, il me faut 2 heures pour me rendre à mon travail à la Poste de Rocabey, m'arrêtant dans tous les blockhaus le long des quais Duguay-Trouin pour m'abriter lors des passages d'avions américains.
La Poste de Saint-Malo intra-muros sur laquelle l'avion abattu s'est écrasé.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Samedi 24 juin 1944
Aujourd'hui, nous avons 7 alertes, par deux fois des bombes sont lancées sur les bateaux allemands, des bombes tombent sur les quais de Saint-Servan, non loin du bateau RO 8, un avion est abattu et s'écrase sur la poste de Saint-Malo ville, abîmant aussi le café du Soleil Levant, le restaurant Chéenne et le café Chez Aristide. L'avion a pris feu et a explosé ; les pièces occupées par le central automatique, et l'inter sont en partie détruites, il en est de même de la salle du télégraphe et de l'appartement du receveur ; malgré les explosions des munitions de l'avion, je monte voir les dégâts ; heureusement à part le pilote qui a été complètement déchiqueté, il n'a pas de victimes civiles à déplorer ; du pilote, je n'ai pu retrouver qu'une partie du tronc accroché dans des tiges de fer à béton, et une jambe encore dans sa botte. Au deuxième bombardement, c'est le LUXTER, bateau-hôpital (chargé de munitions) qui est touché. Sont également couchés le RO 8, l'Augustin Fresnel (bateau des Ponts et chaussées) et un chaland ; vers 20 h 30, le bateau-hôpital est en feu d'un bout à l'autre et ses munitions explosent, mais le bateau ne coule pas.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Dimanche 25 juin 1944
RAS. Je vais sur le Sillon voir le cadavre d'un aviateur canadien qui est resté pris dans les défenses en ciment surmontées d'une mine empêchant un débarquement par bateau sur cette plage ; les Allemands n'osent pas s'aventurer en cet endroit car de nombreuses mines se sont détachées et sont recouvertes de sable, le corps du pauvre aviateur restera visible plusieurs jours.
Le Journal de Louis Motrot - Un jeune Malouin sous l'Occupation - Partie 1 : Juin 1944
Les Allemands qui travaillaient avec moi à la Poste de Rocabey étaient très inquiets. Ils n'avaient qu'une hâte : c'est que les Américains arrivent à Saint-Malo pour pouvoir se rendre. Ils avaient confectionné un drapeau blanc qu'ils étaient prêts à utiliser le moment venu.
Louis Motrot
La pédale de l'avion récupérée par Louis Motrot.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Mardi 27 juin 1944
Nous apprenons par les soldats allemands qui travaillent avec moi à la Poste que Cherbourg vient d'être occupé par les Alliés. Nous avons 7 alertes. Les congés des fonctionnaires sont supprimés. A Cancale, un canot de pêche heurte une mine, il y a 3 morts. Le directeur régional des P.T.T arrive à Saint-Malo pour voir les dégâts occasionnés par la chute de l'avion ; je récupère une des pédales en duralumin de cet avion. Cette nuit, violents combats navals en rade.
La salle Broussais de l'Hôtel-Dieu de Saint-Malo.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Mercredi 28 juin 1944
7 camions allemands déposent à la morgue de l'Hôtel-Dieu de nombreux cadavres de marins allemands, tués au cours du combat qui s'est produit en mer cette nuit. En ville, les prix des aliments étant trop élevés, des gens de la résistance affichent sur les murs de la Mairie un ultimatum adressé aux commerçants : ils ont trois jours pour afficher les prix de leur marchandise à la taxe. Louis Morgère est arrêté par les Allemands, ainsi que d'autres jeunes.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Jeudi 29 juin
Aujourd'hui, nous avons 3 alertes, nous recevons du ravitaillement de Combourg. Une équipe d'ouvriers commence le déblaiement de la Poste d'intra-muros. Un Allemand de la Poste de Rocabey m'échange mes cigarettes contre du pain. Sur le poële qui sert à faire chauffer la nourriture des soldats qui logent à la Poste, je fais bouillir de l'eau de mer pour récolter le sel ; j'en distribue un peu partout, cela fait des heureux.
Pendant l'été 44, les alertes ont fait partie du quotidien des Malouins.
Pendant l'été 44, les alertes ont fait partie du quotidien des Malouins.
Pendant l'été 44, les alertes ont fait partie du quotidien des Malouins.
Journal de Louis Motrot, un jeune Malouin sous l
  Vendredi 30 juin
Seulement deux alertes aujourd'hui. Les quartiers de la Madeleine et de la Balue sont mitraillés par des avions. 37 cercueils quittent la morgue de l'Hôtel-Dieu, ce sont les marins allemands tués au cours du combat naval, dans la nuit du 27 au 28.

Commentaires (1)

  • thouvenot

    thouvenot

    19 août 2014 à 14:17 |
    Ou peut t'on acheter se livre svp? Merci!

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