Portrait de Jeanne Jugan, fondatrice des « Petites sœurs des pauvres » Portrait de Jeanne Jugan, fondatrice des « Petites sœurs des pauvres »

Ecrit par Stéphane Echasserieau le mardi 03 décembre 2013. Catégorie(s) : Malouins, Portraits, Le Mag, Histoire

Emue par la détresse des personnes âgées sans ressources, la Cancalaise Jeanne Jugan a créé la congrégation des Petites sœurs des pauvres pour leur porter secours. Victime d'injustices, elle a fini sa vie dans l'anonymat le plus complet. Son rôle de fondatrice n'a été reconnu que de nombreuses années après sa mort.
Jeanne Jugan naît à Cancale en 1792 dans une famille d'origine modeste. Elle fait partie des quatre enfants qui ont survécu sur les huit que sa mère a mis au monde. A l'âge de quatre ans, elle perd son père, terre-neuvas, qui disparaît en mer lors d'une campagne de pêche. Elle se met à travailler très tôt, tout d'abord comme cuisinière, puis comme infirmière, pour aider sa mère à subvenir aux besoins du foyer. A l'âge de 25 ans, Jeanne quitte Cancale pour Saint-Servan, commune aujourd’hui rattachée à Saint-Malo. Elle y devient aide soignante. Pendant l'hiver 1839, une femme aveugle dans le besoin lui demande de l'aide. Jeanne lui offre l'hospitalité. C'est à partir de ce jour qu'elle décide de se consacrer entièrement aux plus démunis. Après avoir réuni autour d’elle une petite communauté de jeunes femmes prêtes à l’épauler, elle fonde la congrégation des « Servantes des pauvres » dans le but de venir en aide aux personnes âgées, malades ou sans ressources. Elle est élue Supérieure générale par les membres de la communauté. En 1842, la congrégation prend le nom de Petites sœurs des pauvres. Plusieurs maisons des Petites sœurs se créent dans l'ouest de la France, toutes financées par la « quête », tâche consistant à faire du porte-à-porte pour demander l'aumône. En 1843, Jeanne Jugan est mise à l'écart par un homme d'Église peu scrupuleux : l'abbé Le Pailleur. Ce prélat empêche la réélection de Jeanne au poste de Supérieure générale et se fait passer pour le seul fondateur de l'œuvre des Petites sœurs. Destituée de ses fonctions à la tête de la congrégation, Jeanne se voit réduite à la simple activité de quêteuse. En 1845, un événement va la sortir provisoirement de l’oubli : l’Académie française lui décerne le prix Montyon pour son œuvre dédiée à l'assistance des pauvres et des personnes âgées. Cette récompense prestigieuse lui vaut les honneurs de la presse, ainsi que la visite d'une « célébrité » : l’écrivain anglais Charles Dickens, autre grand défenseur des laissés-pour-compte. Mais cette reconnaissance est de courte durée : Jeanne Jugan retombe rapidement dans l’anonymat le plus complet. Elle finit sa vie au noviciat de Saint-Pern (Ille-et-Vilaine) en toute humilité et dans la plus grande discrétion. Elle décède en 1879, à l’âge de 86 ans. On dénombre alors plus d'une centaine de maisons réparties sur l'ensemble du globe. Le jour de l'enterrement, la plupart des sœurs présentes ignorent que cette femme qu'elles viennent saluer pour la dernière fois n'est autre que la créatrice de leur congrégation. A partir de 1902, des travaux de recherche historique vont progressivement mettre en lumière l'action de Jeanne Jugan. Son rôle de fondatrice sera finalement reconnu un quart de siècle après sa mort. Jeanne sera béatifiée en 1982 par le pape Jean-Paul II, puis canonisée en 2009 par le pape Benoît XVI. Œuvrant dans 32 pays sur les cinq continents, mobilisant environ 6 000 religieuses, la congrégation des Petites sœurs des pauvres accueille aujourd'hui plus de 52 000 personnes âgées aux ressources modestes.

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