Regard sur la bande dessinée « Cézembre » Regard sur la bande dessinée « Cézembre »

Ecrit par Stéphane Echasserieau le mardi 04 décembre 2012. Catégorie(s) : Chroniques, Événements, Le Mag, Histoire

Le dessinateur Nicolas Malfin, connu pour la série d'anticipation Golden City, signe la bande dessinée Cézembre, dans laquelle il délaisse provisoirement le futur pour se tourner vers le passé. Publié dans la collection Aire libre, le premier tome de ce récit de guerre a fait le « buzz » lors de la dernière édition de Quai des bulles, le festival de la bande dessinée de Saint-Malo. Avec cet album, l'auteur nous livre à la fois une intrigue passionnante et un document historique exceptionnel.
Cézembre nous conte l'histoire d'une poignée de jeunes résistants engagés dans la lutte pour la libération de la ville de Saint-Malo occupée depuis 1940 par l'Armée allemande. L'action se déroule principalement en 1944, période charnière au cours de laquelle les événements vont se bousculer sur tous les fronts, après quatre années de calme relatif. Tandis que les troupes américaines poursuivent leur avancée sur la Cité maritime, l'occupant allemand, retranché dans sa forteresse, resserre l'étau sur la population. De leur côté, les résistants malouins, encouragés par les nouvelles de l'extérieur, prennent de plus en plus de risques pour saper le dispositif de défense de l'envahisseur. Nicolas Malfin a su bâtir, à partir de ces antagonismes et de ce climat délétère, une trame riche en rebondissements.
L'intrigue de Cézembre s'articule autour d'Ewan, fils d'un marin pêcheur cancalais. Dans les heures qui ont suivi l'arrivée des premiers blindés de la Wehrmacht sur Cancale, Ewan a perdu coup sur coup son oncle, fusillé par des soldats allemands, et son père, qui a préféré se sacrifier plutôt qu'aider l'ennemi à capturer des compatriotes en fuite. Quatre ans plus tard, l'adolescent n'a qu'une idée en tête : participer à la lutte contre l'occupant pour honorer la mémoire des siens. Il est freiné dans son élan par son grand-père, chef de file d'un groupe de résistants malouins, qui refuse de l'exposer au danger. Comme on peut l'imaginer, le jeune Ewan va se retrouver pris malgré tout, et parfois à son insu, dans les filets de l'histoire en marche.
Au-delà de l'intrigue, c'est l'éclairage que Nicolas Malfin apporte sur cette période clé de l'Histoire qui nous a particulièrement séduits. Avant de se lancer dans l'écriture, l'auteur a en effet rassemblé une somme considérable de documents et de témoignages pour se rapprocher au plus près de la vérité historique. Sa reconstitution des événements de l'époque, parfaitement desservie par le dessin, à la fois sobre et précis, nous permet de mieux « visualiser » certaines scènes qui nous ont été racontées à maintes reprises dans des ouvrages très sérieux, mais sur lesquelles il nous était difficile de mettre des images. La « Rafle des hommes », exécutée en représailles à l'assassinat de soldats allemands, fait partie de ces épisodes auxquels nous assistons en tant que spectateurs privilégiés. Les dessins montrant ces centaines de prisonniers regroupés devant le château, autour du kiosque à musique (à présent disparu), sous la menace d'un char allemand, ont peut-être plus de poids que tous les écrits qui ont relaté les faits jusqu'à présent.
La bande dessinée Cézembre nous donne également l'occasion de nous promener sur plus de 60 pages dans le Saint-Malo d'autrefois. Car si la série tient son nom de l'île voisine, c'est bien la Cité corsaire qui est en vedette dans ce premier tome. En nous entraînant dans les ruelles étroites et sur les toits escarpés de l'intra-muros, Ewan et ses compagnons nous font redécouvrir la physionomie de ce lieu pittoresque qui a fini presque entièrement détruit dans le feu des combats d'août 1944. Par la magie de la bande dessinée, les anciennes maisons à colombage, les commerces d'avant-guerre (du Grand Bazar à l'Hôtel de la Pomme d'Or), certains établissements disparus, tels que la « Maison de tolérance », renaissent sous nos yeux.
Cézembre est une réussite tant sur le plan visuel que sur le plan narratif. L'album ravira à la fois les passionnés d'histoire et les amateurs d'épopées romanesques… Il faudra malheureusement patienter quelque temps avant de découvrir la suite des aventures d'Ewan : le tome 2 de la série ne devrait pas sortir avant 2014.

Nicolas Malfin, Cézembre, Première partie. Collection Aire libre, Edition Dupuis. Couleurs : Elodie Boivin et Nicolas Malfin.


Couverture de l'album Cézembre (Tome 1)
Couverture de l'album Cézembre (Tome 1)


Première planche de l'album Cézembre (Tome 1)
Première planche de l'album Cézembre (Tome 1)

Commentaires (1)

  • Capmarty

    Capmarty

    20 mars 2014 à 13:36 |
    A quand le tome 2 et les suivants.
    Mes petits enfants et moi-même sommes avides de compléter cette collection.
    Dédé, GP heureux de sa progéniture et amoureux des BD

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